A travers leurs yeux

Quel est le synonyme de féminité ?
On ne se pose plus la question après avoir rencontré Caroline Vreeland ou Josephine Skriver.
Deux femmes en accord avec leur sensualité.
Caroline et Josephine sont belles car elles sont en accord avec qui elles sont. Rencontres…

Parle moi

avec Caroline Vreeland

Hôtel Plaza Athénée, Paris. Dans une suite somptueuse, sur un porte manteau, de la lingerie, la plus belle et la plus précieuse imaginable.

Lorsque j’entre dans la chambre à coucher, elle est là, encore en pleine séance photo. Elle joue avec un oreiller. Sa beauté est sidérante, et la ressemblance avec Marylin Monroe stupéfiante. Les cheveux y sont pour quelque chose, mais surtout, la féminité extraordinaire qui se dégage de cette femme. Elle porte en elle, indéniablement, tous les rêves des hommes.

Mais la séance de photo se termine, et nous nous serrons la main. Je suis là où nous aurons du calme, dans une grande salle de bain au carrelage blanc, éclairée par la lumière du jour, qui fait pâle figure à côté d’elle.

Etre une femme…
Est la chose la plus puissante
au monde.

D’où vient cette lumière qui se dégage de certains visages ? Caroline Vreeland est d’une beauté sidérante, d’un charisme fou, et il est difficile d’imaginer qu’une telle nature puisse porter en elle la moindre blessure. Portant, il y en a, même s’il faut attendre qu’elle se raconte pour les apercevoir. Car là, on ne voit que le charisme, fou, l’intelligence, hors norme.

L’illustre Diana Vreeland, qui fut la grande prêtresse du style, de la mode, arbitre des élégances, et demeure une icône pour son talent, sa répartie et ses choix éditoriaux à Vogue, est bien dans la lignée. Une arrière grand-mère à qui l’on doit entre autres coups de génie d’avoir demandé à Bert Stern de réaliser une séance photos avec Marylin, et non des moindres. Car l’actrice se donnera la mort, en tout cas c’est là la version officielle, peu de temps après. Et la série de clichés prendra alors le nom mythique de« Last Sitting ». Dernières photos dont affleure derrière le regard enjôleur de l’actrice un désespoir certain, mais au delà de cela, une profondeur réelle, celle d’une femme qui a tout compris, et surtout le jeu qu’on attend d’elle, cette sur-féminité, cette sur-minauderie, la ravissante idiote en somme, alors qu’elle est probablement l’une des actrices les plus intelligentes de l’histoire du cinéma. C’est son trade-off, ne pas trop montrer qu’elle pense. C’est à ce prix là qu’elle est portée aux nues, souvent nue d’ailleurs. Sur certaines des photos de Bert Stern, on aperçoit, sur le ventre de Marylin, une grande cicatrice, au moins 8 cm, peut être 10. Une appendicite, très récente. Lorsque Diana Vreeland voit la cicatrice, elle s’exclame que c’est par ses cicatrices qu’une femme est belle. N’est-ce pas là l’une des plus profondes paroles jamais prononcées sur la beauté des femmes ?

There is only
one very good
life and it’s the
life you want
and you make it
yourself.

Voilà, une sublime plante, voluptueuse en diable, au visage doux et solaire, merveilleux. Toute cette vie soudain à dévorer, cette joie qu’elle n’attendait plus, cette force aussi qui prend racine, il ne faut pas manquer ça. Caroline Vreeland oublie de faire des études – vivre !- et part pour Los Angeles. Là, elle fait tourner toutes les têtes et réalise que la beauté est une fête et un pouvoir. La réconciliation avec elle-même est immédiate. Même si cette poitrine est considérable, omniprésente, qu’il est impossible de ne pas poser les yeux dessus. Et qu’elle oscille entre l’aimer et ne pas l’aimer.

Une cicatrice, Caroline Vreeland en a une, dit elle, en travers du front- ah oui? Mais où donc ?- il faut bien regarder car on ne la remarque pas, même pas  »à peine », non, pas du tout. il faut dire que ce que l’on remarque, c’est avant tout la lumière qui s’échappe de son regard translucide, le grain de peau, plus que parfait, la bouche insensée et les boucles blondes. L’imaginaire est frappé, et l’image de Marylin Monroe convoquée. Vêtue d’un seul peignoir blanc, qui baille aux épaules, un scotch à la main, ravissante, elle évoque une autre cicatrice, plus invisible encore, l’absence du père.  Puis elle parle de la petite fille et de l’adolescente qu’elle fût. Ce sentiment étrange d’être la fille si maigre que ses jeans ne tiennent même pas, la fille trop petite, la fille pas formée encore, a qui personne ne fait attention. Il y a des éclosions tardives, mais ce sont bien celles-ci qui donnent les plus belles fleurs. Ce que cela change, c’est qu’on a le temps de développer la profondeur, l’intériorité qui vient avec le sentiment de n’être personne, ou de ne pas trouver sa place, où que ce soit. C’est à  dix huit ans seulement que Caroline Vreeland grandit, que  sa féminité se révèle, voila que soudain elle se retrouve avec une poitrine démente, hors norme, que tous les regards se tournent tous vers elle- que la femme en elle  enfin surgit, et que « tout  change » pour elle.

Etre une femme, dit-elle, est la chose la plus puissante au monde.

 »Une fois qu’on apprend à aimer ce qui à priori n’était pas considéré comme beau et que l’on réalise que précisément, c’est cela le plus beau, il est facile de s’aimer ».

Elle aime toutes les parties d’elle-même, même, dit-elle, ce qui n’est pas parfait. Qu’est ce qui n’est pas parfait ? Ses seins déments, confie t-elle dans un éclat de rire. Et de raconter ses débuts de mannequin, un shooting maillot de bains pour le Vogue italien où personne n’ayant imaginé qu’elle aurait un tel tour de poitrine, elle fut renvoyée chez elle

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Il y a les gens
sans imagination,
sans audace, et
il y a les autres.

Les autres, comme Carine Roitfled, une femme qui ne se contente pas de ce qui se fait ou se dit, une femme qui a depuis longtemps choisi d’inventer son monde, ses propres références, comme si Carine Roitfled était infusée de l’esprit d’une certaine… Diana Vreeland. Carine Roitfeld sait, elle ose, ne craint rien, jamais. Et c’est la bonne fée de notre histoire. Tandis que lors d’un shooting, Caroline Vreeland, inquiète de la taille de ses seins, tente de minimiser, de cacher sa poitrine, Carine Roitfeld lui dit que

« non, surtout pas, que tout le sujet ici,
ce sont justement ses seins. »

Qu’elle soit donc pleinement elle-même, qu’elle en soit fière. Une rencontre magique, miraculeuse, qui lui a permis de comprendre qu’un défaut n’est pas un défaut, mais une particularité qui signe une identité, qu’il faut savoir regarder cette particularité, l’aimer, en être fière, et même l’afficher, comme pour mieux affirmer qui l’on est.

Ce que Caroline Vreeland aime, ce sont les histoires. Et surtout celles qui jaillissent des rencontres, qu’elle préfère toujours en tête à tête. C’est ce qu’elle essaie de faire avec sa musique, raconter des histoires. Elle veut toucher les gens, susciter une émotion. Il y a de la tristesse en elle, autant que de la joie. Elle s’interroge sur le besoin de porter en soi cette tristesse pour faire naitre son art. Parfois, les gens s’étonnent de trouver tant de différence, entre sa personne, joyeuse, d’un soir, à un dîner, une fête, et certaines de ses chansons mélancoliques, voire carrément douloureuses. Il y a, dit-elle, comme une dichotomie. Mais cela lui plaît, c’est qui elle est. Et, généreuse, elle veut ses chansons comme un réconfort à celles et ceux qui les écoutent.

Si on ne le fait pas
soi-même pour
soi-même, personne
ne le fera
pour nous.

Lorsque Marilyn revient dans la conversation, elle évoque l’acceptation.

 »Marilyn cherchait l’acceptation. Quand on n’a pas eu ça dans l’enfance, ça devient la chose que l’on recherche le plus ardemment. »

Caroline n’a pas eu cela de son père. C’est une quête impossible, avoue-t-elle, mais on peut l’accepter et le surmonter. Du corps de Marilyn, elle dit qu’il ‘est

« épique »

– le symbole absolu de la féminité, un corps rond, plein, qui nous rappelle, et elle insiste, à quel point un corps non maigre est sexy et féminin, plus intéressant.

Diana Vreeland demeure son maître à penser, à de nombreux égards. De cette arrière grand-mère fantasque elle tient son Mantra:

« there is only one very good life and it’s the life you want and you make it yourself. »

Elle y arrive, doucement. Elle a mis du temps à le comprendre, mais elle a compris. Que si on ne le fait pas soi-même pour soi-même, personne ne le fera pour nous. Indépendante, affirmée, brillante, brûlante, hypnotique, les adjectifs pour la décrire sont encore bien pâles. La différence avec Marilyn, je la vois : ici, aucune minauderie. Caroline Vreeland est pleinement elle-même, il n’y a aucun jeu, aucun renoncement, aucun compromis. A la regarder, à peine plus de 20 ans, une maturité et une lucidité fracassantes, son scotch à la main, éclatant de rire dans cette salle de bain, on se dit que le monde entier ne va pas tarder à tomber amoureux d’elle. Et que le cinéma est fait pour elle.

Caroline Bongrand

Parle moi

With Josephine Skriver

Joséphine Skriver a grandi à Copenhague.

Elle n’a, adolescente, aucune conscience de la beauté – qui est beau, qui ne l’est pas, est-elle belle, tout cela ne l’effleure même pas, ces considérations n’existent pas dans son univers, tandis qu’elle possède, en revanche, une conscience aiguë de la taille.

Et pour cause : elle est longtemps toute petite, minuscule, « the tiny one », la plus petite de sa bande d’amis, avant de pousser d’un coup, et sur le tard, tel un personnage de conte, pour devenir très, très grande. Ce qui l’intéresse, c’est le foot. C’est un vrai garçon manqué. D’ailleurs elle porte les cheveux très courts. Il faut dire que sa mère ne cultive pas particulièrement la féminité, elle aussi un vrai garçon manqué – dit Joséphine. Sa famille n’est pas tout à fait traditionnelle : ses parents sont l’un et l’autre, ouvertement gays, et très ouverts.

Ajouter à cela que c’est une famille danoise, un peuple réputé pour son ouverture d’esprit et sa tolérance. Cela fait de Joséphine un être extrêmement ouvert, dotée d’une véritable empathie et sympathie pour les minorités, d’où qu’elles viennent, quelles qu’elles soient. Mais cela ne la prédispose, à priori, pas à cette féminité, cette sensualité qui saute aux yeux lorsqu’on regarde une photo d’elle.

Se sentir sexy…
C’est exaltant,
et c’est puissant.

Elle se fait remarquer lors d’un voyage sportif à New York. Un scout lui propose d’être mannequin – pas question. Ça ne l’intéresse tout simplement pas du tout. Mais le destin insiste, et partout où elle va, des scouts d’agences de mannequins la remarquent encore et encore et l’approchent. Non, toujours non. Jusqu’au moment où elle se dit qu’il y a peut-être, là, quelque chose. Considérant la possibilité de se faire ainsi de l’argent de poche – quelle adolescente rechignerait à cela- elle accepte. Très curieuse par nature, Joséphine s’amuse de découvrir un monde dont elle ignore tout. Elle est tout de suite très appréciée. Cela lui donne davantage confiance en elle. Elle se découvre un corps de femme, prend conscience de sa féminité, et shooting après shooting, les photographes, stylistes, maquilleurs, lui apprennent, selon ses propres mots, à

« se sentir sexy »

et à prendre pleinement possession de son identité féminine. C’est exaltant, et c’est puissant.

Je suis
un esprit libre

Pour elle, le corps reflète l’intériorité. Croyante, et même fervente, elle est reconnaissante du corps que Dieu lui a donné, qui fait qui elle est. Mais cette féminité ne lui a pas ôté une once de sa personnalité, et elle se sent libre, complètement libre d’être elle-même, c’est à dire de continuer d’exprimer, hors shooting, son côté garçon manqué. L’un n’est pas en opposition avec l’autre, ce sont là les deux facettes complémentaires de qui elle est.

« Je suis un esprit libre. »

Elle s’intéresse à toutes les religions, aime la différence chez les individus, et même, la recherche. Elle demeure fascinée par tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est, et par ce qui lui donne sa confiance.

« Cela peut être un nouveau jean, ou se promener toute nue, ou encore une manière de se maquiller. Ce qui donne confiance aux gens est toujours quelque chose de différent, de spécifique à chacun »

Et la voilà qui insiste sur la relativité de la beauté. Selon les cultures, les pays, les critères de beauté sont différents, voire même absolument opposés. Ici une femme très mince, là au contraire des formes très généreuses, des courbes.

« Etre ronde, généreuse, cela signifie dans certaines cultures bien manger, c’est à dire être prospère, et c’est cela qui là-bas est le plus attirant. »

Avant d’ajouter,

« l’important, c’est d’être content avec soi-même, si l’on est bien avec soit même, on est belle. »

Caroline Bongrand